11.12.2005

Sardaigne, "Terre de Poésie"

Avec ses 24 090 km², la Sardaigne est la deuxième plus grande île de la Méditerranée. Elle suit de près la Sicile ( 25 708 km²) et précède nettement la Corse (8 569 km²).
L'île des Sardes est restée longtemps à l'écart des destinations touristiques. Ne la qualifiait-on pas d' «Inde de l'Europe»? Au dire d'un certain vice-roi d'Italie qui avait peut-être appris l'art de gouverner, mais à coup sûr séché les cours de savoir-vivre, cette «terre oubliée» n'aurait même été peuplée que de voleurs, de meurtriers et de menteurs!
Empressons-nous d'oublier pareille délicatesse pour revenir à des appréciations plus réalistes, telle cette remarque consignée par le poète et romancier David Herbert Lawrence dans La Mer et la Sardaigne (1921): «La Sardaigne n'est pas extraordinaire en soi, et pourtant elle vous échappe. On y éprouve cette sensation d'espace qui manque tant à l'Italie. C'est un peu comme la liberté, surtout après le sentiment d'oppression qu'on ressent en Sicile.»

Une région autonome
Fière de son passé préhistorique d'une exceptionnelle richesse, après avoir connu d'incessantes invasions (Phéniciens, Romains, Vandales, Arabes, Génois, Aragonais...), la Sardaigne a été intégrée au royaume d'Italie en 1861, puis érigée, en 1948, en région autonome.
Cette souveraineté comporte toutefois un additif statutaire dont on comprendra l'importance: le respect du principe de l'indivisibilité de la République italienne et des dispositions de la Constitution nationale relative à l'autonomie des régions.
Cette unité dans la diversité (à moins que ce ne soit l'inverse) s'exprime notamment dans les domaines suivants: organisation administrative de la région, statut et rémunération des fonctionnaires, administration des circonscriptions locales (provinces de Cagliari, Nuoro, Oristano et Sassari), forces de police municipales et régionales, travaux publics d'aménagement de la région, construction immobilière, urbanisme et transports publics... sans oublier les moeurs et règles de la moralité publique.
À Porto Conte, Alghero ou Sassari, si la langue et les coutumes vous rappellent que vous êtes bien en territoire italien, vous avez également et sans doute plus fortement encore la sensation d'être immergé dans un autre monde.
Quand on est benoîtement allongé sur une plage de sable fin, au coeur d'un site à faire oublier tout le reste de l'univers, on se surprend à ne plus savoir au juste où sont les frontières du réel. On sait alors en tout cas qu'on est bien loin du chassé-croisé des obligations quotidiennes plus ou moins stressantes.

7 000 nuraghes
Cette évasion hors de la banalité et des petits matins grognons, la Sardaigne l'offre généreusement parce qu'elle sait d'abord être et rester elle-même: une terre de traditions, dotée d'une personnalité fortement marquée.
Le passé préhistorique de la Sardaigne est inscrit dans ses paysages. On y trouve d'étonnantes "tombes de géants" (chambres funéraires collectives), les plus anciennes de ces constructions mégalithiques datant du XIXe siècle av. J.-C., ainsi qu'une impressionnante collection de nuraghes qui ont donné leur nom à une civilisation mégalithique particulièrement florissante dans cette région. Ces tours-forteresses sont édifiées en pierres sèches et ont la forme de cônes tronqués. Elles peuvent comporter jusqu'à deux étages. On en dénombre plus de 7 000 en Sardaigne: c'est une spécialité de l'île; on n'en signale nulle part ailleurs. Leur position, toujours dominante, parfois au centre d'un regroupement de cabanes de pierre, suggère une fonction essentiellement militaire défensive. Mais on ne sait pas encore le fin mot de l'histoire.

Au rendez-vous de l'authentique
Il est impossible de séjourner quelque temps en Sardaigne sans goûter à l'excellente gastronomie locale, les spécialités les plus renommées étant le fromage de brebis (pecorino) et le pane carasau (pain cuit deux fois et mince comme une feuille). Le cheptel ovin de Sardaigne est l'une des richesses principales de l'île. Le fromage de brebis est exporté jusqu'aux États-Unis.
Impossible également de ne pas se laisser tenter par l'artisanat et les produits du savoir-faire sarde: majolique, produits en liège, dentelle, tapis, fer forgé. Dans cette dernière spécialité, le couteau de berger tient une place de choix que Montanaru, un poète de l'île, décrit en ces termes:
«Toujours étincelant, tu parais fait d'argent
Ta lame est aussi perçante qu'une pensée
Et tu me rases en un éclair
Comme si tu étais une langue de feu!»
Dans un genre moins hard, mais tout aussi authentique, de très nombreuses fêtes religieuses ou profanes ponctuent la vie de la population locale.
À en croire les statistiques, il y aurait en Sardaigne 2,73 manifestations chaque jour que le soleil brille. Passons sur les chiffres après la virgule pour nous intéresser aux deux fêtes quotidiennes restantes: il y a de quoi occuper vos après-midi de farniente ainsi que vos longues soirées d'été, sous la douce brise marine.
Certains spécialistes en ethno-je-ne-sais-trop-quoi analysent savamment le contenu de ces événements culturels en termes de «conscience douloureuse» du tragique de l'existence. Ouille ouille ouille! On peut sans doute apprécier tout autant la situation en se contentant d'admirer, d'applaudir et, pourquoi pas, de se mêler aux réjouissances populaires.
Si vous avez de surcroît la chance de comprendre l'italien et, a fortiori, le dialecte sarde, le pittoresque de certaines de ces manifestations «percutantes» ne vous échappera pas. Sinon, il se trouvera bien sur votre chemin une bonne âme pour vous aider à entrevoir les particularités de cette culture à nulle autre pareille. Et l'on admettra alors que la Sardaigne n'est pas peuplée que de bandits de grands chemins, toujours -au sens le plus immédiat- à couteaux tirés, mais plutôt, pour reprendre une expression locale, une «Terra di Poesia» («Terre de Poésie»).

On pose les valises
Après ce trop rapide tour du locataire, il ne reste plus qu'à poser ses valises et à profiter au maximum de l'atmosphère enchanteresse qu'offre la Sardaigne.
En dehors du cadre de l'hôtel, les excursions et balades sont suffisamment variées pour répondre à toutes les attentes: Alghero, le «petit Barcelone sarde», avec son port de pêche et ses remparts du Moyen Âge flanqués de tours; Sassari, la capitale régionale, et son vieux quartier; la Grotte de Neptune accessible par l' «Escalier de la Chèvre» (650 marches creusées dans le roc); le nuraghe de Palmavera; les églises romanes de la Santissima Trinità di Saccargia, de Sant'Antioco di Bisarcio, de San Pietro di Sorres; l'ancien pont romain de Porto Torres; le massif montagneux de la Nurra...
Bon conseiller en la matière, un tract publicitaire émis par l'Ente sardo Industrie touristiche présente la Sardaigne comme l'Île aux Couleurs, l'Île des Parfums, l'Île des Géants, l'Île des Mystères, l'Île des Saveurs, l'Île des Plaisirs...
On l'aura compris: la Sardaigne est bel et bien une île! Cela, nous le savions déjà à peu près. Mais c'est surtout une île aux mille et un trésors, sans compter celui qui, là-bas, vous est particulièrement destiné: des vacances sur mesure qui mettront dans votre vie une indispensable parenthèse de repos, de calme, de loisirs multiples et de poésie. On croit rêver. On rêve déjà.

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